Les hurlements et les coups éventuels qui peuvent caractériser les disputes entre frères et sœurs peuvent rapidement nuire à la bonne harmonie dans une famille, indifféremment de l’âge des enfants en conflit. Pour les parents, il est très facile de s’y perdre, et la position parfois forcée de juge-arbitre peut ne pas être du tout confortable quand on ne sait pas comment s’y prendre. Les spécialistes précisent que les disputes et les conflits entre frère et sœur sont tout à fait normaux quand ils restent temporaires et toujours alternés avec des moments de complicité. Il n’est donc pas question de s’alarmer trop vite en cas de disputes répétées. Pour les parents, il s’agit simplement d’aider au mieux les enfants à vivre sainement ces moments quasi inévitables sans s’entredéchirer littéralement !

Agir efficacement en fonction de l’intensité du conflit

Le fait de chercher à identifier à tout prix un coupable lorsque des conflits surviennent, d’en défendre un pour en blâmer un autre, ou au contraire de forcer les deux parties à faire la paix n’est en général pas du tout propre à rétablir une bonne ambiance ou à résoudre la situation de façon profonde. Ces manières de résoudre le conflit en surface ou de prendre parti pour le plus « innocent » des frères et sœurs créent bien souvent chez l’un des enfants un sentiment d’injustice qui ne fait que reporter les choses. Même lorsque l’intervention des parents s’avère nécessaire, il est important que cette réaction tienne compte de l’intensité de la dispute. Les mesures à prendre dépendront de la situation et des sujets de dispute. On peut distinguer 3 degrés d’intensité des disputes entre les enfants en fonction des motifs de la dispute et de la violence de ses manifestations.

Les légères prises de bec

Dans le cas de simples chamailleries, les motifs à l’origine de la mésentente ne sont pas sérieux et touchent à des questions qui peuvent être rapidement oubliées par les enfants. Si la non-intervention des parents est fortement recommandée par certains spécialistes de l’éducation, dans les cas des chamailleries, cela est beaucoup plus évident. Le fait de laisser les enfants résoudre par eux-mêmes le conflit sans procéder à une intervention systématique est la meilleure des attitudes pour les responsabiliser et leur apprendre à ne pas rompre une communication saine pour un rien.

Les disputes

Les disputes en bonne et due forme sont caractérisées par des sujets de désaccord relativement sérieux. Il s’agit de question qui touche souvent à des points bien plus importants que le simple partage de jouet, et la situation peut potentiellement s’envenimer lorsqu’aucune solution n’est trouvée, ou encore menée à des ruptures de communication bien désagréables entre les deux parties.

  • Dans ces cas-là, l’intervention des parents peut se résumer à manifester leur présence et à décrire le problème avec les enfants, puis à les encourager à trouver des solutions qui pourraient satisfaire chacun.
  • Il est possible de proposer quelques solutions sur des tons de simples suggestions afin de les aider à désamorcer le problème. Ici, la simple présence des parents est en général de nature à donner une autre tournure à la dispute lorsque l’intervention est suffisamment neutre.
  • Le parent peut ensuite quitter la pièce et laisser les enfants trouver la solution qui leur convient.

Les conflits violents

Lorsque les disputes donnent lieu à des hurlements et à des coups, il est important que les parents interviennent rapidement pour éviter que les enfants portent atteinte à leur intégrité physique.

  • Les parents devront rappeler les règles, à savoir qu’il ne sera pas toléré que les uns et les autres se fassent du mal sur un plan physique ou aillent trop loin dans les injures par exemple.
  • Dans ces ambiances pleines de tension, il peut par ailleurs être judicieux d’inviter les enfants à partir quelques instants chacun de leurs côtés pour prendre une pause, pour se calmer, se retrouver.
  • On invitera ensuite les enfants, une fois le calme apparent retrouvé, à chercher des solutions afin que chacun se sente mieux. Le parent peut ici aussi encourager les enfants, écouter la version de chacun (cette attitude est connue pour avoir un effet apaisant dans certains cas sur les deux parties, lorsque le parent qui intervient fait preuve d’une écoute attentive et ne porte pas de jugement) en leur demandant de suggérer des solutions constructives. Le parent pourra aider à la prise de décision finale en éliminant avec les enfants les solutions qui ne sont pas pour le bien des deux parties en opposition.

Conflits de propriété

Dans l’éducation des enfants, il convient d’enseigner la notion de partage. Les enfants doivent apprendre à partager avec leurs frères et sœurs leurs possessions matérielles. Il est cependant tout aussi important de faire connaître le principe de « droit de propriété » pour faire régner l’ordre en cas de conflit. On ne pourra ainsi empêcher un enfant de refuser de prêter son jouet à certains moments sous le seul motif de la notion de partage. Forcer les enfants à partager systématiquement gâche en général toute chance pour ces derniers de partager avec plaisir leurs jouets. En cas de conflit de propriété, les parents peuvent bel et bien prendre parti subtilement pour le propriétaire du jouet, tout en lui suggérant adroitement qu’il est le seul à décider pour son bien. En encourageant l’enfant à trouver avec des phrases qui le responsabilise (« je suis certain que tu peux trouver un arrangement qui vous conviendra tous les deux »), on l’amène à faire preuve de plus de flexibilité tout en affirmant son droit de propriété.

Pour éviter les conflits de propriété récurrents et encourager les enfants à partager, il est possible de :

  • Mettre en avant aux yeux des enfants tout ce qu’ils ont à gagner en partageant. On peut jouer avec ses propres jouets, mais aussi avec ceux des autres, et tout le monde s’en sort gagnant.
  • Les responsabiliser, comme souligné plus haut.
  • Montrez l’exemple en tant que parent.

 Pourquoi s’immiscer le moins possible dans les disputes ?

Lorsque les enfants ne savent pas encore comment gérer leurs différents besoins et leurs demandes entre eux, les conflits peuvent être fréquents et constituer une source de stress important pour les parents. Entre les cris et les plaintes à leur endroit, il est facile pour ces derniers de perdre les pédales. Il est en général recommandé de limiter son intervention à une note positive qui peut être du meilleur effet.

  • En « faisant confiance aux enfants pour trouver une solution convenable rapidement », ces derniers se sentent en charge de la situation et peuvent éventuellement essayer de trouver des compromis.
  • L’attitude qui consiste à ne pas intervenir plus que nécessaire est une excellente option pour les parents ; ces derniers évitant ainsi le stress et toutes les contraintes relatives à une attitude orientée vers un arbitrage entre deux enfants. Pour les parents, il est d’autant plus facile d’accepter cette intervention minimum que l’on constate dans la pratique que les choses se tassent plus simplement quand les enfants sont livrés à eux-mêmes.

Le triangle de Karpman

En essayant d’intervenir le moins possible dans le cadre de la gestion des conflits entre les enfants et ne s’érigeant pas automatiquement dans la position d’un juge arbitre autoritaire, les parents évitent de donner à toutes les disputes la configuration triangulaire où l’un des enfants joue le rôle de victime, où un autre se retrouve relégué au rôle de bourreau, et le parent devient le sauveur indispensable aux règlements de conflits dans le futur.

Le rôle du bourreau

L’enfant qui aura été jugé responsable par les parents de la situation a toutes les chances de nourrir une rancœur envers les frères ou sœurs participant aussi à la dispute. Il éprouvera aussi un sentiment similaire envers le parent qui sera considéré comme « ayant pris le parti de l’autre ». Les chances de parvenir à faire accepter le jugement à l’enfant « bourreau » sont de fait très minces, et cela est parfaitement compréhensible dans la majorité des cas. Il est en effet très difficile dans la pratique de porter un jugement irréprochable dans un conflit entre frère et sœur, et ceci pour des raisons évidentes (complexité des sujets de dispute,

incapacité à juger pleinement la situation en raison du manque d’information ou d’information déformées, etc.).

Le rôle de la victime

L’enfant qui aura été identifié comme une victime par le parent qui intervient peut trouver plaisir à voir se reproduire le type de dispute en question.

  • Ce jugement a de fortes chances de créer en lui le sentiment d’être irréprochable dans le conflit, et donc de ne rien changer à son attitude qui n’est probablement pas si innocente qu’il peut paraître dans certains cas.
  • La victime identifiée peut aussi chercher à revivre ce type de situations pour le simple besoin de valider à nouveau ce sentiment d’appartenance et de protection ressenti en raison du jugement favorable des parents.

Rester neutre 

La neutralité permet aux parents d’observer le conflit sans prendre parti, et en le faisant bien comprendre aux enfants. Cette attitude a tendance à faire perdre à la dispute tout intérêt aux yeux des enfants. Ces derniers trouvent rapidement plus d’intérêt à chercher ensemble des solutions dès qu’il n’est plus possible de gagner l’affection ou l’assentiment des parents en cherchant à avoir raison. Dans cette perspective, le conflit a toutes les chances de se transformer en simple désaccord et de voir disparaître les émotions extrêmes et les implications affectives. Pour trouver des solutions, les enfants peuvent d’ailleurs se montrer très ingénieux pour peu qu’ils le souhaitent.

Pour ne pas prendre parti tout en participant activement à la résolution du conflit, les parents peuvent procéder de différentes manières.

  • L’intervention des parents peut se limiter au fait de poser des questions. Les parents s’asseyent avec les enfants en conflit et leur posent des questions pertinentes qui serviront à les orienter dans leur recherche de solutions. En cherchant à savoir comment l’un ou l’autre espère voir se régler la situation et en amenant les enfants à s’exprimer calmement, on les aide à faire des pas dans la bonne direction, à s’écouter l’un et l’autre, et à avoir de l’empathie.
  • La présence des parents peut aussi viser à restaurer un certain calme qui est indispensable si l’on veut que des discussions constructives soient menées entre les enfants. Dans bien des cas, la colère joue le rôle d’un amplificateur d’ego, et il peut être difficile pour les enfants d’accepter de faire des concessions. Et pour calmer les enfants en colère, il peut être nécessaire d’accueillir l’émotion ressentie afin de mieux la contrôler. On n’ordonnera pas systématiquement aux enfants de se calmer, mais on les aidera à réaliser qu’ils sont en colère, et à accepter de se calmer. Pour certains enfants, un contact physique ou un geste d’affection peut être utile à ces moments.
  • Les parents peuvent intervenir de façon neutre en proposant des choix limités aux enfants. Cette façon de procéder peut être très productive lorsqu’elle est utilisée judicieusement. Dans les cas de conflit de propriété par exemple, le fait de menacer de se saisir de l’objet de la discorde si le désaccord persiste peut motiver les enfants à trouver une solution qui arrange chacun.

Travail de prévention

Les tensions accumulées au cours de la journée ou le trop-plein d’énergie peuvent être des facteurs favorables au déclenchement de disputes chez les enfants. Il est donc judicieux de chercher à s’assurer par exemple que les enfants s’investissent suffisamment dans des jeux ou des activités physiques diverses pour se détendre et pour bouger. Les jeux de plein air sont ici particulièrement recommandés. Mais lorsque l’on ne dispose pas d’espace, il faut trouver des alternatives.

Les jeux de bagarre

Contre toute attente, il est recommandé de faire des jeux de bagarre en soirée avec les enfants pour leur permettre de se défouler. Bien sûr, il s’agit pour les parents de prendre le contrôle et de donner un esprit sportif aux jeux. Lorsque la tension monte par exemple, prévenir le conflit en invitant les enfants à une bagarre d’oreillers leur permet d’identifier clairement le cadre du jeu et d’éviter l’affrontement.

Apprendre la communication bienveillante

On peut anticiper les disputes en apprenant aux enfants à communiquer de façon bienveillante. Les enfants apprennent par l’exemple plus que par les mots. Ils miment tout simplement les comportements des adultes, et si nous pratiquons chaque jour une communication non violente, il a de fortes chances de l’assimiler et d’apprendre à s’exprimer dans les mêmes tons. Savoir exprimer son ressenti en utilisant le « je » plutôt que d’accuser les autres, et s’évertuer à faire comprendre ses envies et besoins clairement aux autres sont d’excellents moyens d’éviter la violence. Les enfants peuvent assimiler rapidement ces outils et s’en servir au sein d’une fratrie pour communiquer de façon saine.

Pour le bien des enfants et dans le cadre de la gestion des conflits, le rôle des parents consiste à faire comprendre aux enfants que les différences d’avis ou de besoins entre frères et sœurs ne les empêchent pas d’être complémentaires et de s’entendre.

On peut ne pas être d’accord avec l’autre et ressentir de la colère sans forcément crier ou agir mal. Rappeler aux enfants qu’ils peuvent s’aimer même pendant les conflits et les désaccords peut très vite leur apprendre à se respecter et à résoudre rapidement les situations de conflits.

 

 

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